André Alain

André Alain (30 août 1931-5 avril 2000) est peut-être le musicien traditionnel portneuvois le plus connu hors de la région. Joueur de violon exceptionnel il a grandement influencé les musiciens de la génération du renouveau folklorique des années 1970-1980, notamment les membres de La Bottine Souriante. André Alain a d’ailleurs enregistré une cassette avec Pierre Laporte (violon) et André Marchand (guitare) en 1986 produite par le Centre de valorisation du patrimoine vivant.

André Alain avec Guy Bouchard

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Transcription de la biographie d’André Alain rédigée par Pierre Leclerc de Deschambault et publiée dans le Bulletin Mnémo Vol. 5, No. 2, Automne 2000 :

La découverte de ce violoneux est particulièrement redevable à sa prestation au festival La Veillée des veillées en 1975. Plusieurs musiciens, qui par la suite l’ont côtoyé, n’ont pas seulement bénéficié de son répertoire et de sa technique au violon mais aussi du témoignage d’une vie riche en expériences authentiquement reliées au terroir québécois. Pour mieux situer ce personnage, voici quelques informations qui contribueront pour certains à mieux le comprendre et pour d’autres à penser qu’il s’agit d’un récit légendaire.

Fils cadet d’une grande famille, André perdit sa mère à l’âge de sept ans et dut vivre son enfance sous l’autorité d’un père dur. Ce contexte de vie fut déterminant pour lui. Il comprit jeune qu’il ne devrait compter que sur ses capacités physiques et intellectuelles pour se maintenir une ration viable de sécurité et de bonheur. Sensible observateur de son entourage, il identifie les domaines où investir ses efforts afin de s’assurer un minimum de reconnaissance sociale. Ainsi, il réussit particulièrement bien à l’école, apprend le violon de son oncle Armand Chastenay et maîtrise si rapidement cet instrument que ce protecteur présente cet enfant aux meilleurs violoneux de la région. Plus tard, il développe ses muscles jusqu’à être vu comme un homme-fort relevant les défis de certains qui se donnaient en spectacle et s’acquiert la réputation d’un imprenable bagarreur.

André Alain a exercé plusieurs métiers. Fuyant l’emprise de son père, il quitte son village et s’engage d’abord comme draveur en Abitibi. Il essaie les chantiers de bûcherons mais préfère les activités de chasse et de trappe en forêt et devient au cours des ans un habile tireur à la carabine. Il travaille comme cheminot au Canadien National mais son appétit de liberté et le goût de vivre dans sa région l’amènent à son village où il travaille durement à une meunerie-scierie. La manipulation quotidienne du bois carré et des poches de moulée lui assure un développement et une résistance musculaire exceptionnels. Il travaille comme serveur dans une taverne, comme menuisier, puis face à l’échec de son mariage, il va à Montréal où il joue le violon dans les clubs. Au Mont-Wright, il travaille à l’entretien des camps des travailleurs puis il revient à Québec où il joue dans les bars. Sa retraite se vit à Saint-Basile, Sept-Iles et Deschambault et, souffrant d’emphysème chronique, il se retire finalement à Québec où il accueille occasionnellement sa fille et son petit-fils.

Dès son jeune âge, il rencontra d’excellents musiciens dont Mandoza Alain et le Quêteux Tremblay. C’est surtout par la radio qu’il apprend le répertoire de Joseph Allard et de Jos Bouchard. André Alain pouvait imiter si fidèlement le style de Bouchard jusqu’à s’y m’éprendre lui-même. Ses interprétations personnelles sous la souplesse de son jeu d’archet et ses triolets inattendus sont magnifiques. En 1951 et 1952, on peut l’entendre avec l’Orchestre Jobin sur les ondes de la radio de Trois-Rivières. En 1985, il participe au Champlain Valley Folk Festival (É.U.) puis l’année suivante au Festival of Fiddle Tunes dans l’état de Washington.

Lorsqu’on lui fit entendre pour la première fois la musique de Jean Carignan, il s’est dit : « Voila le style que je recherchais, voila la musique que je voulais entendre ». C’est lors d’un spectacle au Grand-Théâtre à Québec qu’il prit ce dernier par le bras et lui dit : « Monsieur Carignan, maintenant que je vous ai touché, je peux mourir tranquille ». En 1975, la grande invitation lui est lancée de participer au festival La Veillée des veillées. C’est pour lui l’occasion de rencontrer et de jouer en coulisse avec Louis Boudreau et Carignan sur une base plus amicale. Depuis cet événement, plusieurs musiciens portent une grande attention à sa musique et les rencontres ont toujours été des occasions de fêter. Quelques amis l’encouragèrent à publier sa musique et c’est finalement sous la contribution de Pierre Laporte, André Marchand et Guy Bouchard que le Centre de valorisation du patrimoine vivant a mis sur le marché une cassette audio témoin de ce personnage exceptionnel.

André Alain n’est plus mais ses amis continuent de lui rendre hommage par des événements comme l’atelier sur son répertoire tenu au dernier festival Mémoire et racines.

Transcription d’entrevue avec André Alain, violoneux (1931-2000) par Denis Fiset

Au milieu des années soixante-dix, grâce à l’initiative de Pierre Leclerc (de Deschambault, originaire de Saint-Basile), André Alain a connu une renommée accrue comme violoneux par sa participation à la fameuse « Veillée des veillées » à Montréal, dont un album-phare a été tiré, et par le film « Le reel des ouvriers » dont il était un des sujets, réalisé par les cinéastes André Gladu et Michel Brault, dans la série « Le son des Français d’Amérique ». Au début des années quatre-vingts, André, toujours en pleine forme, habitait dans un appartement sur la rue Couillard dans le Vieux-Québec. Il recevait beaucoup de propositions d’enregistrement. Par exemple, Jacques Labrecque (chanteur, folkloriste et producteur québécois, 1917-1995) souhaitait produire un disque avec André dans la collection « Géographie sonore du Québec » et lui organiser une tournée dans le milieu scolaire afin de faire connaître la musique traditionnelle. Durant cette période effervescente, les occasions pour André de jouer du violon ne manquaient pas, d’autant plus que l’un de ses bons amis, Réal Leclerc (originaire de Saint-Basile), résidait aussi dans le Vieux-Québec et l’accompagnait souvent à la guitare dans les veillées. Il y avait aussi des membres de « La Bottine Souriante » (groupe folklorique formé en 1976) qui partageaient un appartement sur la rue Christie, à deux pas de chez André. Quant à moi, j’avais un appartement tout près du Vieux-Québec. Ce qui fait qu’on se retrouvait souvent à plusieurs chez André pour la musique. C’est dans ce contexte qu’André a accepté que j’enregistre une entrevue avec lui dans laquelle il parle principalement de trois personnes qui ont été déterminantes pour lui comme violoneux : son oncle Armand Chastenay, William Tremblay et Jean Carignan. Voici donc cette entrevue réalisée à Québec le 31 janvier 1981.

D.F. André, tu avais quel âge quand tu as commencé à jouer du violon?

A.A. J’avais 5 ou 6 ans. Je faisais des violons en carton. Je mettais du fil après ça. Je jouais là-dessus puis je turlutais des reels.

D.F. Qu’est-ce qui t’avait donné le goût de faire des violons en carton?

A.A. Chez-nous on avait un vieux vitrola. On faisait jouer des morceaux de Joseph Allard (violoneux québécois, 1873-1947). J’écoutais ça. Il y avait aussi mon oncle Armand (Armand Chastenay, 1897-1966) qui était un joueur de violon. C’était le frère de ma mère. Quand j’entendais sonner un violon, j’avais le frisson. Ce n’est pas mêlant, je trouvais ça beau. Quand j’ai eu sept ou huit ans, le père a dit : «On va en acheter un, on va voir.» Ça fait qu’il a acheté un violon. Il a payé ça quatre piastres. C’était en cèdre. Un soir dans le mois de mai, il me semble si j’ai bonne souvenance, j’arrive de jouer dehors et je vois un violon sur la table. Je dis : «C’est à qui ça?» Le père dit : «C’est à toi.» Je monte en haut avec ça. Je jouais seulement sur une corde. Le lendemain je jouais un morceau en me glissant les doigts mais toujours rien que sur une corde.

D.F. Tu jouais juste sur la première corde?

A.A. Bien oui, fallait bien, je ne savais pas comment ça marchait un violon. L’archet, c’était une patente, disons que ce n’était pas l’archet à Florian ZaBach (violoniste américain, 1918-2006), mais il sortait des sons pareil. Je mettais de la résine là-dessus.

D.F. Quand tu dis que tu avais commencé à faire des violons en carton, tu avais entendu ton oncle Armand avant ça?

A.A. Oui, oui, j’étais jeune et je l’avais entendu. Les fois qu’il arrêtait chez-nous et qu’il avait son violon, il jouait deux ou trois morceaux et j’aimais ça.

D.F. Est-ce qu’il y avait beaucoup de musiciens du côté de ta mère?

A.A. Oui, il y en avait deux, certain, qui jouaient du violon, c’était mon oncle Armand et mon oncle Thophile (Théophile). Il y avait
aussi mon oncle Mégilde (Herménégilde), mais je ne l’ai jamais entendu jouer parce qu’il était gêné et il n’a jamais voulu jouer devant nous. Il est devenu sourd.

Photo de M. Armand Chastenay
Fonds Gabrielle Chastenay

D.F. Est-ce qu’il y en avait qui jouait d’autres instruments?

A.A. Oui, ma mère, j’étais jeune quand elle est décédée et je ne l’ai pas vraiment connue, mais elle jouait de l’accordéon. Ma soeur la plus vieille a encore l’accordéon de ma mère.

D.F. Dans la lignée des Chastenay, ton grand-père ou ta grand-mère, est-ce que c’était des musiciens?

A.A. Ma grand-mère Chastenay, je l’ai connue, mais mon grand-père je ne l’ai pas connu. Mes souvenances de ma grand-mère sont bien vagues, j’étais trop jeune. Du côté de mon père, j’ai connu mes deux grands-parents.

D.F. Du côté de ton père, les Alain, est-ce que ça jouait de la musique aussi?

A.A. Il y avait Mendoza Alain qui était le cousin de mon père et qui était un très bon joueur de violon. Je pense que René Alain (accordéoniste québécois, 1921-1968) qui jouait de l’accordéon avec Isidore Soucy (violoneux québécois, 1899-1963) a une parenté de loin avec ma famille.

D.F. Est-ce que tes grands-parents Alain jouaient de la musique?

A.A. C’était des danseurs surtout.

D.F. Et parmi tes frères et soeurs?

A.A. Il y avait Jean-Paul qui m’accompagnait à la guitare. Ti-Phonse (Alphonse) jouait du tambour et il giguait.

D.F. Donc, quand tu as commencé sérieusement jouer du violon vers l’âge de sept ou huit ans, ton oncle Armand était là?

A.A. Oui et c’est lui qui m’a montré à jouer du violon. Les premières notes, comment mettre mon violon d’accord, c’est lui. Il m’a dit : «Il y a quatre cordes sur un violon et tu as quatre doigts. Il faut que tu te serves de tes quatre doigts.» Mon oncle Armand savait les notes assez pour lire la musique. La plupart des morceaux que je joue me viennent de lui.

D.F. Ses morceaux, il les avait appris où? Comment?

A.A. Mon oncle Armand a été un bon bout de temps aux États-Unis, dans le temps de la crise en 1931 ou même peut-être avant ça. Il avait émigré là. Plus tard, il a décidé de revenir au Québec. Dans le temps qu’il a été là-bas, il a joué du violon et probablement qu’il a appris la note (à lire la musique) et qu’il a appris des morceaux dans ce coin-là ou dans des cahiers de musique, je ne sais pas trop. Mais je sais que les morceaux qui me viennent de lui, je ne les ai pas entendus à venir jusqu’à date sur aucun disque à nulle part. Ça je suis sûr. Pourtant, j’ai entendu bien des disques. J’en ai entendu de Joseph Allard, de Coleman (Michael Coleman, violoneux irlandais, 1891-1945), de Carignan (Jean «Ti-Jean» Carignan, violoneux québécois, 1916-1988) …

D.F. Est-ce que ton oncle Armand avait un style qui ressemblait à celui de violoneux que tu connais?

A.A. Mon oncle Armand avait son style à lui. Moi ce que je joue, c’est pas mal son style à lui, ses coups d’archet et ce qu’il faisait. J’étais plus souvent chez eux que chez-nous. Je m’adonnais bien avec lui. J’étais comme son fils. Il a eu quatre filles et un garçon, Claude. Il est tombé malade jeune et il est décédé. Il avait trois ans. Je pense que mon oncle Armand aurait aimé avoir un garçon qui joue du violon.

D.F. Ton oncle Armand voyait que tu avais du talent pour ça?

A.A. Il s’en est aperçu. Les premiers temps que j’allais chez eux pour jouer du violon, – il aurait enduré n’importe quoi pour le violon – il disait que j’apprenais vite. Mais il prenait le temps de m’expliquer. Il me disait : « Tiens ton archet de même. Tiens ton violon comme ça. » J’avais les bras trop courts. Si j’avais eu un demi-violon, ça aurait été mieux.

D.F. Du moment que ton oncle Armand s’est aperçu que tu avais le goût du violon, il t’a montré à jouer?

AA. Ah oui, tout de suite.

D.F. Est-ce qu’il jouait des morceaux de Joseph Allard?

A.A. Oui. C’était pas mal le jeu de Joseph Allard qu’il avait. Je me demande ce que mon oncle Armand a fait aux États-Unis. Je ne le sais pas. Il ne m’a jamais raconté ce qu’il avait fait là-bas. Je sais qu’il travaillait dans un moulin et qu’il était pour être contremaître, c’est ce qu’il m’a dit. Il parlait anglais. Il l’a appris là aux États-Unis. Je pense que c’était dans le Maine qu’il était. À Saint-Basile, il était commis dans un magasin. Il s’occupait aussi d’assurances et il réparait des violons.

D.F. Tu as commencé vers l’âge de sept ou huit ans à jouer du violon. Avant que tu puisses jouer un morceau est-ce que ça t’a pris du temps?

A.A. Non. Quand j’ai eu un violon, le lendemain soir, comme je t’ai dit, je jouais un morceau rien que sur une corde. Mais je jouais. Je savais quand il fallait monter et quand il fallait descendre. Je savais que les autres cordes servaient à quelque chose mais ça prenait quelqu’un pour me le dire, me guider. Quand j’ai eu onze ans à peu près, je m’en rappelle, j’ai entendu du Jos Bouchard (Joseph Bouchard, violoneux québécois, 1905-1979). Mon oncle Armand allait à Donnacona voir Borromé Doré et Georges Martel, deux bons violoneux. Eux avaient les disques 78 tours de Jos Bouchard. Dans ce temps-là, c’était Jos Bouchard qui était la vedette. Ils avaient de la misère à maîtriser ses morceaux. Mon oncle Armand leur disait : «Passez-moi la roulette – il appelait ça roulette plutôt que disque – je vais la faire écouter à mon neveu qui va l’apprendre.» Ce n’était pas long. Au bout de deux ou trois jours, je disais à mon oncle : «Je le sais.» Là il m’emmenait à Donnacona, il leur remettait le disque de Jos Bouchard et je leur jouais le morceau. J’étais gêné mais mon oncle Armand était fier de moi. Imagine, un petit gars de onze ans qui montre à jouer un morceau à des grandes personnes.

D.F. Les morceaux de Jos Bouchard, tu les apprenais assez facilement?

A.A. Oui, je les poignais bien vite. Jos Bouchard a un coup d’archet spécial. Il est quasiment unique. C’est le premier jeu que j’ai appris.

D.F. Il me semble, André, qu’il n’y a pas beaucoup de violoneux qui jouent du Jos Bouchard comme toi.

A.A. C’est vrai. Même Jeffrey Jobin (1910-1987) m’a dit que ça avait été le meilleur jeu que j’avais fait. Jeffrey Jobin c’est un bon joueur de violon aussi. La dernière fois que je suis allé à Rimouski, au festival d’automne, j’ai rencontré Jean-Louis Labbé (violoneux québécois, 1936-2004). Lui, il en joue du Jos Bouchard. Il m’a parlé de lui et il m’a dit qu’il l’aimait bien.

D.F. Est-ce que ça a pris du temps avant que tu fasses danser?

A.A. Le dimanche on allait tous à la basse messe. Après la messe, ça faisait de la musique et ça dansait. Mon père aimait ça. Je n’ai jamais entendu mon père dire que j’étais ennuyant avec ma musique. J’aurais pratiqué le même bout pendant une grande veillée de temps, il ne m’aurait jamais dit d’arrêter et qu’il était tanné de m’entendre. Il aimait la musique. Mon père était assez sévère. Quand on menait le diable, il nous arrêtait vite. Mais pour la musique, non. Lui-même était un danseur et un gigueur. Son air préféré c’était la gigue simple, le brandy.

D.F. Ton père s’appelait Ferdinand?

A.A. Oui. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de monde à Saint-Basile qui sait son nom. On l’a toujours appelé Ti-Bé. Ma grand-mère m’avait dit que c’était quand il était bébé qu’on avait commencé à l’appeler Ti-Bé.

D.F. Donc, tu étais assez jeune quand tu as commencé à faire danser?

A.A. La première noce où j’ai joué, j’avais quinze ans. Probablement que j’aurais été bon avant ça pour jouer dans une noce. Mais c’est une de mes soeurs qui se mariait, celle qui a remplacé ma mère dans la famille quand elle est décédée. Chez-nous, on a été onze enfants, cinq gars et six filles. Une fille est décédée à dix-neuf ans et un gars est mort très jeune à l’âge de neuf ou dix mois. Dans ce temps-là, quand on était malade on était condamné à mort. Aujourd’hui, il reste cinq filles et trois gars. Moi j’ai eu connaissance de cinq de mes soeurs et de trois de mes frères. Je suis le plus jeune de la famille et j’arrive à cinquante ans.

D.F. Donc, la première noce où tu as joué, ça a été au mariage d’une de tes soeurs.

A.A. Oui, c’était ma soeur Thérèse qui se mariait avec Lionel Verret.

D.F. Les noces dans ce temps-là, ça se faisait dans les maisons privées?

A.A. Oui.

D.F. La noce s’était faite chez-vous?

Photo de M. Armand Chastenay
Fonds Gabrielle Chastenay

A.A. Oui. Ça a commencé dans la maison chez-nous après le mariage, puis à quatre heures on a transféré chez le père du marié et puis là ça a été jusqu’au matin.

D.F. Est-ce que ton oncle Armand t’avait accompagné pour jouer?

A.A Oui. Mon oncle Armand m’avait suivi une partie de la journée chez-nous. Le matin de la noce, mon père m’avait dit de sortir de l’église – je me plaçais dans le choeur dans ce temps-là – avant que le mariage finisse pour que je sois rendu chez nous et que je joue de la musique au moment où les mariés arriveraient. C’était la mode de jouer de la musique après le mariage pour accueillir les mariés. Mais mon oncle Armand n’aimait pas sortir de l’église avant la fin du mariage. Quand je jouais, je m’assoyais sur la première marche de l’escalier et je tapais du pied. Mais là, j’étais assis sur une chaise et je n’avais pas les jambes assez longues pour taper du pied. Ça fait que le monde rentrait et je commence à jouer. Ça jasait et ça prenait un verre de vin. Et là ça se place pour danser. Mais ça ne marchait pas. Mon père dit : « Comment ça se fait ça, de coutume ça marche plus que ça? » Je n’étais pas capable de garder mes mesures, les pieds ne me portaient pas à terre. J’ai dit : «Je ne suis pas capable de taper du pied, la chaise est trop haute.» Mon père répond : «Ah ben calvase de batinse, grouille donc pas !» Il s’en va dans le hangar chercher l’égoïne, il prend la chaise et coupe les quatre pattes. Ah là la musique a décollé, là ça a dansé. Plus tard, quand on est parti pour aller chez monsieur Armand Verret, le père de Lionel, pour continuer la noce, mon père trouvait que j’étais trop jeune pour aller veiller tard jusque dans la nuit. Il a demandé à mon oncle Armand de veiller sur moi.

D.F. Comment te faisais-tu payer pour une noce?

A.A. Cinq piastres. Dans ce temps-là, des mariages, il y en avait du mois de mai jusqu’au mois d’août. On commençait à jouer après le mariage. Après ça, il y avait le dîner. Après le dîner, ça embrayait. On jouait jusqu’à cinq heures du matin. Les répits n’étaient pas longs. Plus tard, quand j’ai eu une vingtaine d’années, j’ai commencé à travailler dur et j’ai abandonné un peu le violon.

D.F. Quand tu étais jeune et que tu allais à l’école, j’imagine que tu devais aimer mieux le violon que d’aller à l’école?

A.A. Ah pas mal. Mais je n’avais pas de misère à l’école parce que je faisais deux ans dans un. Le professeur montait chez-nous et il disait au père que ça n’avait pas de bon sens parce que je faisais rire les autres et que ça les distrayait. Le père répondait que je réussissais pas trop pire du fait qu’on me faisait faire deux ans dans un. Le professeur disait que oui mais que je retardais les autres. C’est pour dire qu’à l’école, je n’avais pas de misère à apprendre.

D.F. À l’école, as-tu eu des professeurs de musique, quelqu’un par exemple qui aurait pu t’enseigner la base de la musique ou le solfège?

A.A. Non. Je ne connais aucune note de solfège. Je joue avec des gars des fois et je ne sais même pas si je joue en sol, en fa ou en do. C’est eux qui me le disent. J’apprends à l’oreille. J’ai toujours marché aux doigts et à l’oreille tout le temps. Si quelqu’un me dit que tel air je le joue en sol, après ça si je rejoue le même air je peux dire à mon accompagnateur qu’on va le jouer en sol, parce que quelqu’un va me l’avoir déjà dit. Je ne sais pas dans quelle tonalité je joue un morceau si personne ne me l’a jamais dit.

D.F. Apprenais-tu des morceaux à partir de disques, des 78 tours dans ce temps-là?

A.A. Oui. Je poignais ça d’un bord et de l’autre. Mais aussi à la radio. Aujourd’hui, c’est plus facile d’apprendre un morceau. Il y a des enregistreuses. Tu enregistres le morceau puis tu le fais jouer et tu avances et tu recules. Quand j’étais jeune, il n’y avait pas d’enregistreuse. Quand un morceau passait à la radio, je ne pouvais pas reculer. Une fois que le morceau était joué, c’était fini. Il fallait le poigner tout de suite. On ne pouvait pas savoir quand est-ce qu’il repasserait à la radio. Puis si jamais il repassait, il fallait s’adonner à écouter la radio. Je me souviens d’avoir appris «La marche polo» de Joseph Allard comme ça. Quand je l’ai entendue à la radio, je n’étais pas chez nous. Tout de suite après, je me suis dépêché à retourner chez nous et à prendre mon violon pour essayer d’en jouer un bout. Mais là je me disais : « Quand est-ce que cet air-là va repasser à la radio? Et puis est-ce que je vais être en train d’écouter la radio quand cet air-là va repasser ? J’ai eu la chance de réécouter le morceau à la radio et je l’ai appris comme ça. Un
jour Pierre Leclerc m’a fait jouer le record de «La marche polo» de Joseph Allard. Je me suis aperçu que je jouais ce morceau-là exactement comme le jouait Joseph Allard, et sur le même ton.

D.F. Quels joueurs que tu entendais surtout à la radio quand tu étais jeune?

A.A. Quand j’avais huit ou neuf ans, je me rappelle qu’on entendait à la radio des morceaux de Joseph Allard, de Kimmel (John Kimmel, accordéoniste américain d’origine allemande, 1866-1942) à l’accordéon, de J.O. LaMadeleine (Joseph Ovila LaMadeleine, violoneux québécois, 1880-1973), puis d’autres. Joseph Allard faisait des disques sous le nom de Maxime Toupin. Pourquoi, je ne le sais pas. Il restait le deuxième voisin de ma tante, la soeur de ma mère, Alexina Chastenay, qui était mariée à Alphonse Lachance. C’était ma marraine. Elle avait sept filles et un garçon. Mais elle a perdu son garçon. Quand elle venait chez nous, elle disait qu’elle aimerait bien ça m’emmener rester avec elle, qu’il y avait un joueur de violon, Joseph Allard, qui allait faire de la musique chez eux avec ses filles qui jouaient toutes du piano.

D.F. À part les noces, jouais-tu aussi en d’autres occasions?

A.A. J’ai été jouer pas mal chez les Irlandais dans le Grand Rang. Pour la fête de la St-Patrick le 17 mars, on m’avertissait quasiment un an d’avance. Il y avait aussi un ou deux violoneux chez les Irlandais. Quand on jouait le 17 mars, ça ne se terminait pas le lendemain matin. C’était une fête d’une semaine.

D.F. Plus tard, tu as commencé à jouer des morceaux de Jean Carignan. Quand est-ce que tu l’as connu?

A.A. Ça ne fait pas longtemps, une dizaine d’années peut-être. J’écoutais Don Messer (Donald Messer, violoneux du Nouveau-Brunswick, 1909-1973) et Jos Bouchard, mais ce n’était pas un jeu comme ceux-là que je voulais entendre. Je trouvais ça beau. J’aimais les morceaux de Jos Bouchard. Je trouvais aussi que Don Messer jouait de belles valses. Il jouait à partir d’un cahier de notes selon le vrai temps de chaque morceau, clogue, valse, reel, breakdown. La plupart des morceaux que jouait Don Messer ont été composés par Andy DeJarlis (violoneux métis du Manitoba, 1914-1975). DeJarlis était un très bon joueur de violon. Ça fait qu’une fois j’étais au restaurant à Saint-Basile. La télévision était allumée et il y avait un programme qui montrait « Les Loups Garous », un groupe folklorique de danseurs. Tout-à-coup j’entends jouer du violon. Je trouvais que celui qui jouait était tellement bon que je me suis approché de la télévision. J’ai attendu jusqu’à la fin de l’émission pour voir le nom de celui qui jouait du violon. C’était Jean Carignan. Je me suis dit : « Il faut que je retienne ce nom-là. » Mais par après, ça m’était parti de la tête, je ne me souvenais plus de ce nom-là. Assez longtemps après ça, une fois je passais devant chez Jean-Paul Petit qui avait encore sa cordonnerie. Il m’arrête et il me dit : « Viens écouter un joueur de violon ! » Je commence à écouter un disque qu’il me fait jouer. Là je me dis en dedans de moi-même : « C’est en plein un joueur de même que je voulais entendre. » C’était un disque de Jean Carignan. Je me suis dit qu’il fallait que je connaisse ce gars-là. Quand j’avais vingt-et-un ou vingt-deux ans, j’avais eu envie d’aller travailler à Montréal. Si j’y avais été, j’aurais cherché les endroits où il se faisait de la danse et de la musique traditionnelle. Je suis sûr que j’aurais fini par rencontrer Carignan. À cette époque-là, il jouait à la salle Saint-André sur la rue Sainte-Catherine. J’aurais été le voir jouer et je me serais organisé pour aller lui parler. Je me serais tenu avec lui et je lui aurais demandé des conseils. J’aurais été juste dans l’âge pour ça.

D.F. C’est là que tu as commencé à pratiquer les morceaux de Carignan. Lui, est-ce qu’il jouait du Coleman, du Skinner (James Scott Skinner, violoniste et compositeur écossais, 1843-1927), du Joseph Allard?

A.A. Oui, mais il virait ça à sa manière. Carignan a son style à lui.

D.F. Est-ce que c’est par Carignan que tu as appris des morceaux de Coleman?

A.A. Du Coleman, je n’en joue pas beaucoup. J’en joue quelques-uns seulement. C’est quelque chose d’assez extraordinaire. Ce gars-là ne sera à peu près jamais dépassé, comme Carignan. J’ai entendu des violoneux dire que, ce que Carignan jouait, ça voulait à peu près rien dire. C’est parce qu’ils ne sont pas capables de tout comprendre ce qu’il fait. Quand Carignan joue un morceau, tu ne peux plus rien rajouter.

D.F. Toi, de ton vivant, est-ce que tu as entendu un joueur meilleur que Carignan?

A.A. Non, non, non.

D.F. Tu l’as déjà rencontré?

A.A. Ah oui! Ah oui! Je l’ai rencontré une couple de fois. Je l’appelais. S’il se mettait à recevoir tout le monde qui l’appelle, il serait debout vingt-quatre heures par jour. Et puis tu peux arriver là une bonne fois et rester sur le seuil de la porte. C’est normal, il est rendu à soixante-quatre ans. Il a eu soixante-quatre ans le sept décembre. Il n’est pas pour commencer à recevoir tout le monde, ça ne finirait plus. Mais une fois je suis arrivé là. J’avais une pinte. Ça c’est bien adonné. Il m’a dit : « En fais-tu du cas de descendre au sous-sol ? » J’aurais descendu dans le tuyau de drainage pour l’entendre jouer.

Photo de Jean Carignan

D.F. Est-ce que c’était la première fois que tu le rencontrais?

A.A. Non. Ça faisait quelques fois que je l’appelais mais ça n’adonnait pas. Mais là, on a descendu en bas et il a joué du violon. Sur ses disques, les mêmes morceaux reviennent souvent. Mais là dans le sous-sol chez eux, il m’a joué des morceaux qui n’ont jamais été sur ses disques et que je n’avais jamais entendus de ma vie. Là il tapait du pied et il jouait du violon. J’en braillais de l’entendre jouer. Il jouait, la pinte sur le bord de la table, et je lui disais : « En veux-tu un autre verre ? » « Oui. » Je peux affirmer, et je suis sûr que je ne me trompe pas, que Carignan a de la force dans les bras et dans les poignets. Il a une capacité extraordinaire. Il n’est pas grand, mais il a les épaules larges. J’aime bien ce gars-là, même que j’aime son caractère quand il est de mauvaise humeur. Tu te souviens, Denis, quand Jacques Labrecque nous contait comment il avait rencontré Carignan par hasard. Il disait qu’il avait pris un taxi et que c’est Carignan qui chauffait. Carignan gagnait sa vie comme chauffeur de taxi. Tout en jasant, il a dit à Carignan qu’il chantait et Carignan lui a dit qu’il jouait du violon. Labrecque lui a dit qu’il aimerait bien l’entendre quand ça adonnerait. Quand il a eu l’occasion d’aller entendre jouer Carignan, il s’est aperçu qu’il était tout un joueur de violon.

D.F. D’ailleurs, Labrecque a déjà produit un disque de Carignan.

A.A. Oui. Quand on a connu Carignan au Québec, ça faisait bien longtemps que l’Ontario et les États-Unis le connaissaient.

D.F. Comment as-tu connu William Tremblay (Guillaume Tremblay, connu sous le nom de William « Quêteux » Tremblay, violoneux, 1902-1985)?

A.A. William Tremblay, on l’appelle le quêteux, mais il n’a jamais demandé une cenne à personne. C’est parce qu’il voyageait d’un bord et de l’autre. Il arrêtait chez du monde qu’il connaissait. Il mangeait où il pouvait attraper un repas, ici et là. Il avait une bonne santé pour faire la vie qu’il a faite. Il repassait souvent dans des places où il était connu. Il était connu dans Joliette et un peu partout.

D.F. Quel âge que tu avais la première fois que tu l’as rencontré?

A.A. J’avais douze ans à peu près.

D.F. Il vient de la Gaspésie?

A.A. Oui, de Grosses-Roches, dans le bout de Matane.

D.F. Est-ce qu’il arrêtait chez vous quand il passait à Saint-Basile?

A.A. Non. Il arrêtait chez mon oncle Armand. Il m’avait dit : «Tu vas voir que Tremblay joue bien. Quand il va repasser, je te le dirai.» Un bon coup, il m’appelle et il me dit : «Tremblay est chez-nous.» Je monte chez mon oncle Armand et en arrivant le premier morceau que Tremblay a joué ça a été «La tuque bleue». Je me suis dit : «Je vais apprendre ce morceau-là, certain.» Je trouvais ça beau la manière que Tremblay virait ça. Avec les années, je voyais Tremblay moins souvent. J’allais l’entendre jouer de temps en temps chez mon oncle Armand ou chez Azarie Jobin. Je vais toujours m’en rappeler, j’avais une vingtaine d’années et je restais tout seul avec mon père dans ce temps-là. Je vois venir Tremblay un samedi après-midi, c’était en été. Je dis : «Tiens, salut Tremblay!» Il me dit : «Es-tu tout seul?» Je lui dis : «Oui. Viens t’assire!» Puis je lui dis : «D’où est-ce que tu viens?» Il répond : «Je viens de Portneuf.» Je lui demande : «Étais-tu à pied?» Il dit : «Oui.» Je lui demande : «As-tu mangé?» Il dit : «Ah oui, j’ai mangé des biscuits et j’ai pris une tasse de thé.» Ça fait que je lui demande s’il voulait manger un peu. Il me dit : «Ouais, hein.» Ça fait que je lui fais cuire des oeufs, plus que moins parce que je savais qu’il avait faim. Puis je lui prépare du thé fort. Quand il a eu fini de manger, on continue à jaser mais je ne lui parlais pas de violon parce que si ça ne lui avait pas tenté il aurait pu ficher le camp. J’attendais. Tout d’un coup il me dit : «As-tu encore un violon? » C’était justement la question que j’attendais. Je vais chercher mon violon. Ça faisait longtemps que je voulais être tout seul avec lui. Là il prend mon violon. Il joue un air et il remonte les cordes. Il joue un autre air puis il remonte encore les cordes. Ça c’est sa manière à Tremblay. Quand il arrive juste sur le diapason, il arrête de monter les cordes. Ça fait que je lui demande : «Le «Fisher’s hornpipe» te rappelles-tu encore de ça?» Il répond : «Oui.» Il part le morceau puis il change d’air et il en commence un autre. Il ne faut pas lui demander des morceaux. Il faut que ça vienne de lui. Tout d’un coup, il revient au «Fisher’s hornpipe». J’en pleurais quasiment tellement c’était beau. Je n’ai jamais entendu un homme jouer le «Fisher’s hornpipe» comme ça. Là avoir eu une enregistreuse! En tout cas, dans l’espace de cet après-midi-là, j’ai poigné bien des coups d’archet et j’ai compris bien de quoi.

D.F. Quel âge que Tremblay avait à ce moment-là?

A.A. Ça fait une trentaine d’années. Il devait avoir quarante-huit ou quarante-neuf ans. J’ai pas mal le jeu que lui a.

D.F. Ton oncle Armand, comment est-ce qu’il le trouvait, William Tremblay, comme joueur de violon?

A.A. Il le trouvait assez extraordinaire.

D.F. Toi, André, est-ce qu’on peut dire que tu hérites du style de ton oncle Armand mélangé à celui de William Tremblay?

A.A. Oui.

Photo de William Tremblay (Le quêteux Tremblay)

D.F. Les coups doubles, ça vient de qui?

A.A. William Tremblay. Mon oncle Armand en faisait aussi mais pas tout le temps. Il faisait plutôt des genres de contretemps dans ses morceaux. Le parrain de Tremblay c’était un Irlandais qui jouait du violon, un dénommé Harrisson (William Harrisson). Tremblay m’a dit qu’il avait appris de lui, qu’il avait été pas mal influencé par lui. C’est pour ça que, pour moi, son coup double il le détenait de cet Irlandais-là. J’aurais bien aimé l’entendre, cet Irlandais-là. Si Tremblay joue en proportion de ce que son parrain jouait, il devait jouer en scapulaire!

D.F. Quand Tremblay avait quarante ans, il devait être un joueur merveilleux?

A.A. Ah oui. C’est curieux, mais il ne rit jamais. Il rit seulement quand il fait un coup double. On lui dit ou on lui conte n’importe quoi, il ne rit jamais. Mais quand il fait un coup double, il nous regarde en riant.

D.F. Si Jean Carignan avait rencontré William Tremblay dans ce temps-là, comment tu penses que Carignan aurait réagi?

A.A. Je suis certain que Carignan aurait pris le temps de l’écouter jouer.

D.F. Mais comment est-ce que Tremblay a appris à jouer s’il n’a jamais eu de violon à lui?

A.A. Comme il m’a parlé, il a appris de son parrain. Mais ça, tu sais, le violon tu l’apprends de quelqu’un qui va t’expliquer. Un gars l’a ou ne l’a pas Tu vas te perfectionner avec quelqu’un qui va te donner des trucs ou en le regardant faire. Mais si un gars n’a pas ça dans lui pour apprendre à jouer du violon, même s’il y avait quelqu’un devant lui pour lui montrer, le gars va toujours rester un débutant. Tu l’as ou bien tu l’as pas.

D.F. C’est un gars qui a de l’oreille, William Tremblay?

A.A. Ah terrible! Il sait toujours dans quelle tonalité un morceau est joué. Je me demande comment ça se fait qu’il sait ça. Et puis il tient son archet loin du bout et il tape des deux pieds. Des fois, par exemple, il partait un morceau de Joseph Allard. Il commençait tranquillement, il hésitait. On pouvait reconnaître l’air un peu. À mesure qu’il avançait, on aurait dit qu’il avait le morceau dans la tête mais qu’il le cherchait sur son violon. Un bon coup on sentait que l’air s’en venait. Puis quand il relevait les épaules, là il était dedans, il l’avait l’air. J’ai pas mal d’admiration pour Tremblay. Il m’a influencé sur le violon. J’aurais aimé le voir plus souvent. On le voyait « ressourdre » une fois par année. Une fois j’avais été le reconduire à Sainte-Anne-des-Monts. J’étais avec sa soeur. J’aurais dû la questionner. Tremblay m’a déjà dit qu’il avait sorti avec une maîtresse d’école et qu’il devait se marier. Puis il est allé travailler un hiver dans le bois. Quand il est revenu, elle était mariée. Tremblay, c’est un gars sensible.

D.F. Trouves-tu que la musique traditionnelle reprend de la popularité au Québec?

A.A. Quand la musique américaine est arrivée ici dans le Québec, puis que les jeunes ont commencé à se déhancher, assez qu’on aurait dit qu’ils avaient des fesses tout le tour du corps, la musique traditionnelle a assez baissé qu’on se demandait s’il y avait encore du monde qui s’en rappelait. Il y en a qui écoutaient du rock and roll, des chansons en anglais, des chansons d’Elvis par exemple, parce qu’ils trouvaient ça beau. Peut-être que c’est beau. Mais tu leur aurais demandé ce que les chansons voulaient dire et ils n’auraient pas été capables de répondre. Mais là, tout d’un coup, c’est comme si quelqu’un avait décidé de repartir la musique traditionnelle et les jeunes qui aimaient le rock and roll ont comme décidé de trouver ça beau. On dirait qu’ils ont décidé de trouver ça beau juste parce que la musique traditionnelle a connu une popularité. Mais on voit ceux qui aiment réellement ça et ceux qui n’aiment pas ça, parce que quand la musique américaine reprend le dessus, il y en a plusieurs qui abandonnent la musique traditionnelle. Une danse québécoise, c’est une affaire qui se cultive, mais le gogo ça ne prend pas une grosse culture pour danser ça. Le gogo, c’est comme du chiendent.

D.F. L’origine des morceaux de musique, est-ce que c’est important pour toi?

A.A. Pour moi la question ce n’est pas de savoir d’où vient un morceau mais de savoir de qui il me vient.

D.F. C’est quoi l’accompagnement que tu aimes le mieux?

A.A. La guitare et le piano, j’aime bien ça. Je ne déteste pas le tambour et les cuillères, mais la guitare ou le piano, ça met de l’harmonie dans le morceau, ça le complète.

D.F. C’est quoi le morceau que tu trouves le plus difficile à jouer et celui que tu aimes le mieux?

A.A. C’est toujours le dernier morceau que j’ai appris. Puis André se mit à jouer du violon.

André Alain et Réal Leclerc
Les photographies proviennent du Fonds Denis Fiset.

André Alain avec Louis « Pitou » Boudreault

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